jeudi 11 janvier 2018

Les adieux du condamné

Je sacrifierais tout pour faire un pas dehors,
Mais je n’ai rien à perdre et à donner en gage,
Seulement cette vie qui encombre une cage,
Qui ne vaut rien pour vous, qui est presque une mort.

Le jour est noir ici, le temps toujours humide,
Mais il ne pleut jamais et mon eau se respire
Plus qu’elle ne se boit. Je vis comme on soupire
Solitaire en cave maudite, obscure et vide.

Parlez-moi du soleil et des foudres du ciel !
Oh ! parlez-moi de vie, de peur, de goût, d’amour,
Criez, hurlez ! Le silence m’a rendu sourd…
Je ne suis plus qu’un corps dans la houle du fiel.

Mes heures sont des nuits où je rêve le monde,
Où je le bombarde de couleurs aveuglantes.
Quitte à perdre la vue, je veux une tourmente
De lumière brûlante, où la douleur abonde.

Le rêve fut ma force et je n’en ai pas d’autre :
S'il faut vivre encore, que le monde soit beau !
Qu’il s’emplisse de sons, de rires et de mots !
L'univers que je crée est plus beau que le vôtre.

Je me demande si, en sortant de mon trou,
Mes pauvres yeux sauraient voir dans votre grisaille,
Ou s’ils regretteraient le noir de ces murailles,
Plein, sublime, infini, qui rend le sage fou.

Mais je suis condamné à perpétuité,
À la nuit de la mort depuis que mon geôlier
Est tombé de vieillesse devant mon palier.
Voici que je quitte ma douce obscurité…

Pour un autre inconnu vêtu d’éternité :
Nuit blanche ou nuit des temps ?
Laquelle bercera mes chimères d’enfant ?
Adieu ! La mort a des parfums de liberté.

1 commentaire: