vendredi 15 avril 2016

Pardon

    Quand j’étais troublé, je n’ai pas pensé que tu souffrais bien plus que moi. Je t’ai assassiné mille fois en mes rêves, tremblant de colère, écumant de rancœur. Je t’en ai voulu de te faire du mal ! Je t’ai maudit de faire déborder cette tourmente sur ton entourage. Tu as écouté mes reproches en silence. Je ne réalisais pas ce que tu endurais, au centre de l’ouragan.

    Pardon de t’avoir condamné quand tu purgeais déjà ta peine à perpétuité. Mon angoisse, mon amertume ne t’ont laissé aucune place, et je n’ai pas su te consoler. Je t’ai vu derrière les barreaux. J’étais au désespoir. Mais toi, que voyais-tu ? De l’autre côté de la grille, savais-tu que j’étais le véritable prisonnier ? Voyais-tu mon cœur fermé, la violence de mes gestes quand ton âme se libérait des chaînes du monde ? Je te regardais, les mains serrées sur ces barreaux, hurlant mon ressentiment comme un chien enragé…
    J’ai pleuré quand tu riais. J’ai détesté ton sourire ! Je l’ai trouvé insolent, alors qu’il portait le fardeau de la Croix. Pardon : je n’ai pas su me réjouir avec toi quand tu étais heureux. Je me suis inquiété, énervé… Je ne percevais pas que tu étais déjà paniqué. Je t’ai reproché tant de choses, et par-dessus tout ton insouciance ! Tu n’as rien dit. Tu mesurais déjà, pourtant, toute la portée de tes actes.

    Pardon, mais PARDON ! je t’ai vu mourir ! J’ai sursauté. J’ai tourné le dos, tracé ma route. Mon cœur était sec, vidé de toutes ses larmes. J’ai marché. Longtemps. Quand je me suis retourné, tu courais derrière moi.  C’est quand je t’ai vu resplendissant que j’ai compris.
    Tu as souffert, mille fois plus que moi. Tu as souri pour bâtir une montagne de joie sur l’abîme de ta détresse. Tu as pris patience, calmé ton affolement ; tu voyais déjà si loin ! et tu gardais le cap, résolu à faire confiance. C’est emprisonné que tu t’es libéré. C’est en mourant que tu as vécu !

    Je n’avais pas imaginé ta douleur. J’étais plus loin encore de cerner le grand amour qui t’a porté dans ta lutte. Tu as aimé éperdument, follement, et cependant avec constance et sang-froid. Merci.

    M’as-tu pardonné ?

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