lundi 21 juillet 2014

Trahison

    Ils savent, depuis le premier regard échangé, que tout les sépare. C’est marqué sur leurs visages.

    Le blond défend ardemment patrie et famille contre l’envahisseur. Il s’est battu plusieurs fois à mains nues contre ceux qu’il jugeait lâches. L’indignation, l’amour des siens, de ses racines sacrées, la fidélité lui donnent une force insoupçonnée. Il organise des manifestations de protestation, provoque la colère de l’occupant. Au nom de la liberté et de cet amour qui le transcende, il donnerait sa vie sans hésiter.
    Le brun n’est pas un envahisseur. Il est pire que cela. Un modéré. Il aime, mais ne se bat pas. Il observe, s’efforce de comprendre le monde nouveau qui s’abat sur ce pays. Il accepte sans résistance, aide quand il faut. Il refuse la violence. Il mourrait aussi, s’il le fallait, mais pour la paix.
    En règle générale, les deux camps s’évitent. Ils tentent parfois un dialogue qui sombre vite dans des flots d’incompréhension, des agressions, des bagarres épuisantes.

   Pourtant, dès ce premier regard qui les séparait, ils se sont reconnus l’un en l’autre. Ils ont le même sourire en coin, les mêmes yeux taquins. Ils se serrent la main, s’observent sans détour. Aucun de ces deux regards frères ne se dérobe.
    Chacun cherche depuis trop longtemps le camarade joueur qui l’accompagnera dans ses bêtises, dans ses questions profondes. Ils savent tous deux qu’ils pactisent avec un ennemi que leurs familles méprisent. Ils ne se laisseront pourtant pas séparer.

    Ils échangent quelques mots, ne savent pas comment s’aborder. Leurs premiers pas sont gauches, mais ils les rapprochent. Ils ne se mentent pas. Ils connaissent chacun les convictions de l’autre. Ils en parlent, calmement. Aucun ne juge l’autre, ils se comprennent trop bien.
    Ils plaisantent de quelques évènements qui les rassemblent malgré tout. L’amitié, déjà, se fait insistante.


    Voilà qu'ils sont inséparables, qu'ils délaissent les leurs sans regrets. La trahison est douce. Elle est comme une force supplémentaire, qui les unit contre toutes les divergences du monde. Un pont entre deux camps, la cicatrice de cette plaie ouverte qui blesse leur pays.

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