dimanche 20 juillet 2014

Martyre

    Elle ferme la porte, caresse le bois à la peinture écaillée. Elle tourne la clé pour condamner l’entrée et, d’un geste déterminé, l’envoie au loin, dans les broussailles sèches du champ voisin. Elle pose le front contre la pierre de la maison, écrase une larme sur sa joue.
    C’est toute sa vie qu’elle embrasse. C’est son cœur qu’elle arrache à cette terre aride. Elle recule pour mieux contempler ce qu’elle quitte. La maison est modeste, mais Myriam y était heureuse. Le jardin est en friche : Japhet n’a plus le temps de s’en occuper.

    Un coup au cœur.

    La jeune femme s’immobilise.
    Japhet n’est plus. Elle pense encore à lui au présent, incapable de réaliser ce que ces mots signifient. Il est encore tellement présent en elle : son bon sourire au milieu d’une barbe brune, ses yeux noirs attentifs, tendres. Elle relâche un souffle tremblant. Elle s’arrache à ces lieux.

    Elle frotte sa robe bleue d’un geste machinal, pour la débarrasser de la poussière. Sa main, baguée d’un fin anneau doré, s’égare un instant sur la médaille qui ceint sa gorge. Elle l’empoigne, murmure une prière qui l’aide à s’éloigner.
    C’est plus fort que tout, cet amour qui monte en elle. Plus fort que la rage, que la mort… Une folle espérance l’envahit, elle sourit, s’agenouille sur le sol sableux. Embrasse la terre. Elle se signe de la croix.
    Elle a choisi.

    Elle a choisi, contre la violence et la haine, l’amour libérateur. Elle se relève. Elle est prête. Prête à perdre ce qu’on voudra encore lui prendre… Ou prête à le donner.
    Japhet, sa famille, sa maison… Elle peut encore offrir beaucoup de choses, et si elle en frémit d’effroi, elle s’efforce de garder son calme pour pouvoir donner avec amour, plutôt que de céder sous la contrainte.
    Elle se passe la main sur le ventre. Caresse l’enfant qu’elle porte en elle. Fruit de l’amour de Japhet…, création sacrée de Dieu.
    Donner, s’offrir en silence à ce Jésus qu’elle aime plus que tout. Accepter le sacrifice de sa vie, pour un plus grand Amour. Cet Amour-là que Japhet a choisi jusque dans la pire souffrance… Elle étouffe un sanglot, respire, compte ses pas pour fuir ces pensées.
    Elle ne pense plus qu’à ce petit qu’elle porte. Pour lui, il faut se ressaisir. Pour Dieu, il faut encore vivre, témoigner…, mourir s’il le faut.

    Elle marche. Court. Fuit sa patrie pour une terre promise qui n’est pas de ce monde. La victoire est déjà assurée. Le mal n’a aucune emprise Là-Haut. Elle court vers un mur de souffrance et d’incompréhension. Elle ne s’arrête pas à cela. Elle ne voit que ce qu’il cache. Derrière la mort, une Vie éternelle.
    Les persécuteurs voulaient la fragiliser. Elle n’a jamais été aussi forte.

    Elle croit.

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