samedi 19 juillet 2014

Le ruisseau

    Perchée sur sa colline, la ville s’éveille. Elle étend son ronronnement qui s’amplifie. Les transports en commun lancent de longues chenilles de fer sur des rails interminables. Les klaxons dialoguent. Les écoles emmêlent des cris d’enfants. Les gaz de combustion s’élèvent en un plafond grisâtre, alors qu’un parfum âcre encense les habitants.
    En bas de la colline, un ruisseau coule. L’eau contourne les pierres. Les submerge. C’est une musique apaisante.

    Les usines ouvrent leurs portes, mettent leurs machines en route. Les marteaux cognent les enclumes, les générateurs produisent bruit et chaleur, les centrifugeuses tournent en un cycle infernal. Les secrétaires tapent sur les touches de leurs claviers, les talons claquent dans les couloirs, la photocopieuse gémit. Les engins de chantier reculent dans une alarme entrecoupée de silences, les pelleteuses fouillent la terre. Les machines à café s’entourent de discussions et de rires forcés.
    Le ruisseau arrose ses berges avec une patience admirable. Il suit son chemin, caresse les pierres. L’eau défile. Elle sème la fraîcheur dans le soleil matinal.

    Les rues s’embouteillent pour atteindre le centre-ville. Les restaurants résonnent de bruits de vaisselle, les conversations se nouent sans logique, et chacun hausse le ton pour se faire entendre de ses interlocuteurs. Quelques chiens aboient, le rouge succède au vert dans les cages des feux tricolores, les piétons défilent devant des armées de voitures.
    Le ruisseau se laisse couler. Il scintille à la lumière. Il embrasse la colline inlassablement, la ceint d’un miroir argenté.

    La musique s’envole. Ce sont d’abord les notes veloutées d’une flûte, à laquelle s’ajoute la voix grave d’un chanteur. Les rues s’emplissent de robes d’été, de bermudas, d’odeurs sucrées. La mélodie s’ébroue pour continuer sur un rock entraînant, et explose finalement en un métal enragé. L’alcool submerge les esprits, les beuveries lancent des exclamations vaseuses, des rires gras.
    Mais le ruisseau, immuable, creuse son lit sans relâche. Sa régularité rassure quand la ville s’affole, quand les bruits s’entrechoquent. Le silence de ses rives est un asile agréable que seul un chant cristallin ose agrémenter.

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