mercredi 9 juillet 2014

L'arbre à clous

Au bord de la route, près de la vieille église,
Il est un bel arbre qui hisse son feuillage
Pour un peu d’ombre fraîche à l’abri de la bise.
Il peut sembler banal, mais quelques mille pages
Seraient insuffisantes à la plume aguerrie
Qui prêterait son encre à sa bien longue histoire.
Le fin observateur remarquera le prix
Que le tilleul paya pour se faire valoir
Et attirer sur lui la dure renommée
Qui traversa les siècles et lui donna son nom.
L’arbre à clous est meurtri par des pics aiguisés
Dont le métal usé creuse chaque sillon.
Sa silhouette est fière, et son tronc vigoureux,
Il est d’une santé qui rassure les gens
Quand la faiblesse frappe et les riches et les gueux.
Afin de soulager les blessures d’antan,
L’arbre fut désigné pour porter tous les maux.
Si le diable torture une cible innocente
Qui se tord de douleur et s’apprête au tombeau,
Il faut se fier sans peur aux âmes bien pensantes :
Lui trouver une pointe est le meilleur remède.
Il suffit de porter à l’organe souffrant
Le métal apprêté. Le démon ne décède,
Il serait bien naïf d’y penser un instant,
Mais il est déplacé, et malgré lui contraint
De passer en l’aiguille au replat scintillant.
Il est alors aisé quand on tient le malin
De le clouer au bois de l’arbre bien portant
Pour s’en débarrasser. C’est sublime torture
Pour lui d’être planté dans l’écorce rugueuse
D’un auguste tilleul que protège la cure.
Le païen pourrait croire à la victoire affreuse
Du venin de l’enfer sur la sève de l’arbre,
Car il n’est plus facile ouvrage quand on hait
De flétrir ses feuilles, sans un seul coup de sabre :
L’insidieux se complait à tuer, chacun sait,
D’un poison invisible et d’autant plus sournois.
Le païen blasphème sans même le savoir.
Pailleté de ses clous qui ouvrent chaque fois
Une nouvelle plaie en ce porteur d’espoir,
Le tilleul tout entier est tourné vers l’église
Et le Bon Dieu transforme en fluide nourricier
Ces pointes que le diable a mouillées de traîtrise.
Vaincu par cet Amour qu’il voudrait renier,
Le malin succombe dans chacun de ces clous,
Et l’arbre peut puiser la force nécessaire
Qui pendant des siècles le gardera debout.
Voici cet arbre fier, protégé par le Père
Qui sur son bois rugueux porte les plaies du monde.
Il n’est nul autre tronc à la vie si féconde. 

2 commentaires:

  1. Je connais un arbre à clous: qui souffre de clous, c.-à-d de furoncles, devra faire 7 fois le tour de l'arbre avant de planter un clou dans l'écorce. C'est un chêne, à Bonnoeuvre, en Loire Atlantique.

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    1. Tiens oui, je suis allée voir sur Internet.

      Celui que j'ai croisé est à Han-sur-Lesse :
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Arbre_%C3%A0_clous#mediaviewer/Fichier:Tilia_x_europeae_-_Han-sur-Lesse_2.JPG

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