jeudi 17 juillet 2014

Gémelles

    La Terre éteint sa nuit, et doucement le jour glisse sur les collines. Le ciel bleuit, rosit à l’horizon. Le soleil faufile ses rayons de chaleur à travers le feuillage dense de la forêt. Des lignes de lumière se dessinent, irréelles, éblouissant quelques zones d’ombre.
    Au creux de la racine solide d’un chêne, deux faons fraîchement nés se lovent dans un nid d’herbe verte. La harde s’est éloignée, ils se sont retrouvés et se tiennent chaud. Leur robe fauve, mouchetée de blanc, se lève régulièrement au rythme de leur souffle paisible. Étonnante ressemblance, qui paraît leur donner un seul corps pour deux.

    Il est une chose que ces toutes jeunes femelles ignorent, c’est que l’histoire les a déjà séparées.

    Tout à l’heure, elles se lèveront toutes deux sur leurs grandes échasses instables. Elles trembleront un peu, tomberont en voulant flairer le sol. Chacune se relèvera, volontaire dans ses premières découvertes. Elles iront voir de plus près cette feuille qui renvoie la lumière, cette grenouille qui siège au bord de l’étang.
    Elles s’effrayeront des mêmes bruits, fuiront par quelques bonds déjà gracieux. Quand la nuit viendra, elles se blottiront l’une contre l’autre, rassurées par la chaleur qu’elles génèrent.

    Pourtant, le temps viendra où elles prendront naturellement deux chemins bien différents. Le pelage moucheté de l’une s’estompera au profit d’une robe aux couleurs de l’écorce. L’autre se laissera séduire par un mâle aux palmures admirables, laissant sa compagne guetter les branches majestueuses de deux braves qui s’affrontent. Chacune ayant choisi sa harde, elles se sépareront à jamais, sans regret.

    Hier toutes deux étaient faons, mais la première sera biche, et la deuxième daine.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire